jeudi, août 24, 2006

Quelimane



Gurué




mercredi, août 23, 2006

Férias...

Invitation au voyage, le 22 août 2006

Bon, nous y revoilà, retour de vacances rouges, bonjour Nampula, au revoir Mozambique. Je ne sais pas si c’est la perspective d’une visite ou bien tout simplement la conscience d’en être déjà au dernier tiers de mon contrat, mais je me sens d’ores et déjà partir… Alors que je devrais profiter de chaque jour bleu…Cela dit j’apprécie encore chaque bouchée douce mais pimentée de cette expérience. Après les trois semaines passées en vadrouille, j’ai l’impression de revenir dans une toute nouvelle Nampula, plus de repères si vite…Mais très tôt on retrouve nos chers, ce groupe d’amis bleus que j’aime. Embuscades au Bagdad Café, week-end à Chocas pour l’anniversaire de Cris et Loulou. Combien de conversations avec ces amis expatriés qui aiment leur pays mais de l’extérieur, je me sens français mais je ne me sens pas le courage de retourner y vivre. Facile de quitter le territoire rouge mais pas si évident d’y revenir, il faut bien y penser avant. Ca, c’est les considérations intérieures de Nampula, parce qu’ habituer à l’extérieur, et bien on se tourne vers l’intime, l’introspectif. Enfin les paysages ou ces moments différents hivernaux que je vais conter, ne laissent pas de vous coudre les lèvres et ouvrir les paupières, sans mots dire.

Partis d’Ilha le 10 juillet, Coupe du Monde manqué, Zidane n’a pas marqué, alors on s’est barré, cap vers le Sud. J’aurais parcouru 5000km, de Nampula au Swaziland. La fin est encore loin .On découvre d’abord l’endroit musclé , bien carrossé que l’on va occupé quelques menues heures. Les révoltés contre 4x4 qui puent en ville ne connaissent pas la joie chanceuse de ce confort sur les pistes parfois, souvent secouantes néanmoins déroutantes.
La malle en fer posée à l’arrière du Pagéro est remplie de vivres pour les cas où. Nous n’avons pas eu de cas où mais que des prévus sur le moment, alors les spaghettis nous les avons cuite au retour. Chaque district croisé apporte son lot de fruits, miel, cajous et que sais-je encore. Nous apprécierons seulement le réchaud pour ébouillanter les crevettes sorties de l’eau , le cul posé sur la plage de Zalala. Olimpia m’avait également chargé d’une mission, retrouver sa sœur qu’elle ne connaît pas à Maputo afin de lui remettre des affaires pour son fils. Alors 20 kilos de cacahouètes et une valise pleine d’affaires accompagne aussi le voyage ; les présentations sont maintenant faites. J’oubliais Romy , mon partenaire de voyage, collègue de travail, boss, ami et coloc avec qui je passe beaucoup de moments, et ma foi sans lui la vie serait triste pour la menina française , jamais nous n’avons vu de Perette sans son pot au lait. Obscure comparaison mais ça fait parti des implicites amicaux.
Nous voulons chiller out sur le panorama, je sors la compilation composée par mes soins , et par la préférence affirmée des voix, instruments ondulés et rythmés. Le cd player fait des caprices, nous lui glissons une galette originale de Ben Hairpur ou Késiah Jones à l’honneur sur la scène de la cylindrée, battent rythme et rayons sur des vitres qui affrontent rudement la poussière, blanche, ou rouge.
Nous lorgnons l’œil malicieux sur la carte en couleur du pays, suspendue au balcon. Le reste du temps est dirigé vers l’extérieur, à 40 kilomètres à l’heure .
Notre premier arrêt Gurué : On s’installe au milieu de cette petite ville perdue au bout des montagnes qui ne côtoie que les champs de thé et les nuages. La Pension Gurué est différente de celle qui semblait la caractériser il y a quelques années. Une de ces villes Far-West où traînent des fantômes version africaine. Le détail le plus significatif , la cigarette, plantation de tabac, climat et terre rude. Des gens sont partis, on reconstruit le présent, le futur viendra, en essayant d’oublier le passé. Les étrangers sont peu nombreux ici , deux heures plus tard , tout le monde vous reconnaît. Notre oreille est tout de suite attirée vers le haut-parleur hurlant du cinéma central qui surplombe la première rue , place de choix pour le divertissement . On nous propose qui du Vandamme qui du Bandeiras , les cow-boys aiment l’action, les franchoutes apprécient l’animation du public qui ne connaît pas l’étiquette culturelle française. Le garde de la pension, Ismaël, nous mène sur le terrain escarpé d’une fabrique thé abandonnée à l’extérieur de la ville, à ses plants de thé. Une balade trois heures durant vers un sommet où repose une cascade. On rencontre horde de gamins en folie qui papillonnent autour de nous jusqu’au Sept Pierres. Un seul restera, José, pour guider le guide…qui finalement n’était pas revenu depuis quelques années. Traversée épineuse et forcée des plants sur quelques mètres, puis un chemin peuplé, les femmes, jeunes filles et filles se suivent lourds fagots de bois sur la tête. Elle a des airs de Brésil cette balade avec autant de bananiers aux abords.
Quel est donc ce pays qui mélange tout, le thé, les bananes, les palmiers, baobabs et hortensias…Balade en forêt extraordinaire à la recherche de la légendaire Casa dos Noivos. Des arbres étrangers aux branches nues et grandes ouvertes qui embrassent le ciel ; les eucalyptus aux troncs zébrés droits et strictes percent les nuages de cette fraîche matinée. Les arbres fougères mousseux pour fêter les fiançailles. Comme intacte après un siècle, cette maison dominent la forêt. Les propriétaires sont partis, ont quitté leur lune de miel et ont laissé la clé aux gardiens.

Nous reprenons la route vers Quelimane sur la côte. Une ville comparable en taille à Nampula mais dont les fastes années sont passées. La route s’est bien passée, une savane impressionnée pour Romuald et pour moi une lutte anti-tabac dilettante pour stopper la bronchite qui m’empêche de respirer à pleins poumons la poussière soulevée par les machibombos chargés. Des files de gamins sur le bord de la route , bêche sur l’épaule, avancent, sautillent et se font surprendre par cette voiture qui klaxonne. Les cases sont déjà très différentes, nous avons quitté la brique, retour de la terre. Nous évoluons dans le conte des Trois Petits Cochons, d’un habitat à l’autre pour résister aux menaces et aux attaques non pas du loup mais du climat. La pension Quelimane vous accueille enfin avec ses murs bétonnés, meubles délabrés et toiles d’araignées. C’est un grand bâtiment spacieux qui mériteraient quelques rénovations, mais…Nous nous y installons et allons arroser l’arrivée sur le port face à la mangrove dans une baraque. Les bières arrivent, la soirée commence. Nous apercevons un chalutier sans lumières s’éloigner dans l’obscurité. Nuit mystérieuse, brouillard humide, calme dans une ville inconnue, image cinématographique d’une vieille version de Jack l’Eventreur dans un Londres de fin de 19ème siècle. Dernier parking avant l’hôtel : restaurant italien, pizza, pizza ! On change d’alcool, on ouvre le vin, les langues engourdies par la bière , néanmoins se délient. Yeux dans les yeux, Dr Romuald vous écoute et analyse vos propos, vous propose une interprétation dont vous êtes libre de disposer.
Il y a deux pays dans un, les structures, cette organisation réalisée par les portugais sont toujours là, abandonnées ou reprises au rythme d’ici. Tout comme ces Pastelarias qui attirent l’œil et me rappellent Lisbonne la Belle. Ces inscriptions sur la vitrine renseignent sur les services proposés mais là encore les nouveaux propriétaires n’ont pris la peine d’effacer ce passé colonial. « Ô temps suspend ton vol… » Du haut des quinze étages de l’hôtel Chumbo, nous faisons pendant un petit déjeuner un bref saut dans les années 70, service en argent et vue imprenable sur la mangrove.
Aux abords de Quelimane, une immense palmeraie pendant 30 kilomètres. Nous avons pris cette route pour rejoindre la plage de Zalala. Zalala ressemble à l’une de ces grandes plages landaises bordées de pins. La mer est plus forte, seules des petites vagues se cassent au bord. La plage est comme cette pension , grande et spacieuse mais pas de rénovation, elle se renouvèle. Nous sommes seuls avec la voiture, et les pêcheurs. Ils arrivent à quinze heures , des dizaines de personnes vont chercher à bouts de bras les paquets remplis de poissons des embarcations qui se suivent, un flot de paroles municas (dialecte du district) arrivent jusqu’à nous , des centaines de personnes négocient sur terre ferme. La plage s’anime et les enfants jouent au préservatif rond. Quelimane, ville à bicyclettes semble plus métissée et vivante que notre Nampula, qui me semble parfois sans âme.

Nouvelle échappée, toujours vers le Sud, la route nous emmène cette fois traverser le mythique Zambèze. Nous dévierons de la route principale pour attraper une piste secondaire conduisant à la rivière Chiré qui une fois franchie doit mener au pont de Dona Ana. Nous commentons le paysage, chantons, nous nous prenons à rire aux larmes suite à la chute brusque et comique d’un cycliste surpris à notre passage, jambes en l’air, droit dans l’herbe. Je ne me rappelle plus tous les détails, la mémoire défaille, mais ce qui est sûr c’est que beaucoup d’heures ont été silencieuses aussi. Prendre la route, suivre une ligne, défilent l’espace et le temps, l’intérieur est tranquille, c’est bon et propice à plonger l’esprit dans des songes éveillés. Juin , Juillet, pique accélérateur de vie, moteur de joie, rencontres et fêtes auxquels je repense derrière le pare-brise. Soupires…Je n’oublierais pas, c’est certain.
Deux peaux blanches devenues rouges au bord de Chiré, jolie rivière, qui nous murmure que Dona Ana n’est pas libre, il faudra repasser. Nous rebrousserons chemin pour aller trouver Caia, nœud essentiel du pays qui sépare nord et sud. File folle d’attente devant le fleuve dans laquelle nous nous insérons. Le temps d’une Manica et nous embarquons. Les bateliers sont en uniforme. L’espace est immense et la lumière de cet après-midi est fine. Inquiétés par ce détour fortuit, la nuit approche et Gorongosa encore loin. Le réservoir est vide, pas de station essence environnante mais encore des baraques et bidons de diesel. Nous prenons le risque, l’apprenti pompiste sort tuyau et prend une grande inspiration. Le Zambèze est une frontière physique et économique entre Nord et Sud , les Nampulenses n’en reviennent pas de voir un goudron si accompli, parfait, le compteur s’envole, nous courons vers Gorongosa, et assistons au coucher de soleil dans la savane. Commentaire d’alors : « C’est beau l’Afrique ». Les baobabs me font de l’œil, je n’y résisterai pas. La nuit est tombée, nous nous enfonçons en terre obscure, nous laissant l’entière surprise du paysage que nous découvrirons demain.
Le plus excitant en voyage, c’est qu’on arrive souvent quelque part mais il y a toujours une autre destination à venir jusqu’à la finale.
Depuis l’arrivée au Gorongosa, la plume fut délaissée pour un temps indomptable. L’assaut émotionnant d’une faune animale, humaine et d’une flore africaine, mozambicaine a détrôné ce futur passé mis en mots pour déguster le présent. Le passage dans ce parc national en reconstruction a émerveillé mes sens, excités par la découverte des animaux que l’on ramenait autrefois aux Rois de cette vieille Europe, eux aussi, désireux d’exotisme. Au Gorongosa, ils se méritent, l’œil est vif, l’oreille tendue, et le sommeil interrompue aux aurores pour débusquer impalas, antilopes, phacochères, cubs à croissant, babouins, éléphants, aigles, dindes, lions, hippopotames, et autres espèces. La guerre est passée par là, et une fois encore a été dévastatrice. Adieu fastes années d’un parc reconnu. Des milliers d’animaux massacrés pour nourrir des ventres guerriers affamés. Trente plus tard, l’argent étranger tente de faire renaître de ses cendres ces écosystèmes incroyablement variés. C’est l’histoire d’un homme, l’histoire d’un rêve américain. Si l’argent ne fait pas le bonheur, il y participe, ce qui est à espérer pour les communautés voisines qui se relèvent grâce à cette fondation. Les touristes rêveront aussi un temps qui au milieu d’une savane aride, qui au bord d’un plateau marécageux dominé par les montagnes. La passion est une maladie oralement transmissible, car plongée au centre de récits experts et passionnés de l’équipe internationale affairée au rétablissement du parc, je songe à devenir autre. La nature aura emportée avec elle cette toux étouffante. Un vieux monsieur botaniste qui bravant savanes et arbustes épineux rencontrera les feuilles curatives, conseillées par le sorcier guérisseur de la communauté. Le départ est heureux et se souvient de cette rencontre chanceuse avec la lionne. Nous sortons au petit jour, lequel ? Nous ne le savons plus très bien, perdus sur la route du temps.

Remis à l’heure à Beira, où nous visiterons pour la soirée, Vincent, assistant technique du département de français à l’Université, notre regard est fixé sur l’aiguille Bilène où l’on attend Romuald deux jours plus tard pour un séminaire de formation de professeurs. Ce n’est pas moins de 1000 km que nous devrons courir pour arriver un jeudi soir. Nous nous arrêterons pour la nuit à Vilankulos, un lieu de plaisance touristique parce qu’Archipel délicieux y sis de l’autre côté de la baie. Un de ces endroits envahis par les voisins Sud africains ou Zimbabwéens qui développent ce paradis pour porte-feuille garni. Douche froide pour moi qui ne m’attendait pas à ne pouvoir parler portugais avec l’équipe de l’hôtel. La cour ne parle qu’anglais Miss ! Et voilà , nous sommes à Bilène. Je laisse Romuald le temps d’un week-end et pars à Maputo. Ouvre toi byzantine et sucre tes aimants , Maputo la Grande, qui ravie mes oreilles avec ces concerts. La production culturelle musicale manque à Nampula et même si les grands tubes en vigueur qui font bouger son monde au Retiro le vendredi soir nous divertissent grandement, nous nous suffirions tout aussi bien d’un concert pour remplacer une passada. L’idée que j’avais d’aller de plus en plus vers le sud s’en va à vau-l’eau. Je suis à l’ouest, où coulent les effets perceptibles d’une civilisation occidentale. Plus encore le Swaziland un petit royaume vert enclavé entre le Mozambique et l’Afrique du Sud culminant à Pigg’s Peak là où je suis allée. Des centres commerciaux ont fleuris, les champs ont grandis, le corps des femmes a accompagné l’abondance. Puis calme au vert au sommet, eau et montagnes, les draps seront frais sous la toile. Au dîner le feu de cheminée crépite, le vin brille. Au petit déjeuner le soleil réchauffe les tissus, le café fume. Juste une balade sur la pierre, au dessus des cascades plus longue que sentie. Les poumons sont lavés, l’esprit reposé , il ne reste plus qu’à s’animer les doigts sur l’échiquier au retour. Retour enfin au Mozambique mais le Krüger Park auparavant traversé, mène à la savane herbeuse. J’ai ressentie l’un des plus grands parcs animaliers d’Afrique comme un zoo sans cages embouteillé sur un ruban noir d’asphalte. Les pneus chauffent sur une aussi monotone bande goudronnée, et les animaux, plus question de les débusquer, ils se découvrent bien d’eux-mêmes, s’approchent de la route et tendent la patte pour recevoir la somme convenue. Le Gorongosa fait pencher la balance avec ce cache-cache dans la terre. Je ne peux pas nier que j’ai vu beaucoup d’animaux, des troupeaux même. C’est une opinion qui se cogne à la fatigue du voyage qui elle emporte l’œil critique, ce n’est que mon avis. S’ensuivit une rapide livraison de cacahouètes à l’aéroport de Maputo, et vol vers Inhambane…

Une douceur de vivre de l’océan Indien, où le pas sans presse évolue. Tofo , c’est une de ces plages immenses et à ce moment de l’année, déserte. Un peu de monde quand même à traîner là, d’un peu partout, tous continents, une seule langue : l’anglais forcément, je me sens à l’étranger mais dans un Mozambique plaisant différent de Vilankulos. C’est une auberge de jeunesse locale, qui invite à bosser des saisonniers anglais, sud-africains, espagnols…Des bonnes vagues pour les planches . L’océan n’est pas vide, les baleines, les dauphins ou requins-baleines sont célébrés dans le coin. Petit dèj en face d’eux, ils accompagnent la journée farniente et cheval. Les soirées sont au coin du bar et du feu, billard abîmé. C’est quelques jours plus tard que l’on a remis le cap sur Nampula. C’est la fin des vacances , dans trois jours il faut être chez les Makuas. On trouvé un petit Suisse dans le dortoir qui prend la route aussi et répare les fuites quand l’orage s’abat sur le chemin. Deux grandes journées de route qui se passent vite et bien. On arrive à Nampula , le relief a changé, la transition a procédé en douceur, une courbe lente des vacances au travail. Le rentrée vous attend les Makunhas ! On ne filera pas à Ilha, juste une pizza à Copabana…

Audrey

mardi, juillet 04, 2006

magies



1- Et on nous repete sans arret a\qu il n ya pas de monnaie ?
2- Un beau gosse au barrage
3-Prof etudiantes meme combat

La vie de Nampula

Ola,
Je reviens à l’écriture plus tôt que prévu, bon et quoi dire alors. J’ai essayé de suivre une écriture thématique parsemée d’anecdotes diverses et variées. Pourquoi ne pas aborder aujourd’hui la vie de Nampula, la vie à Nampula.
Aujourd’hui samedi, je me réveille vers neuf heures, pas de prière à cette heure, le soleil n’est pas encore là, je m’étire contente d’être en week-end. Le sommeil est revenu sans rêves désormais, mais bon, à défaut de porter conseils ou rêves fantastitomatiques (excusez ce barbarisme) comme il a pu arriver au début de mon séjour, les nuits amènent repos bienveillant et bienvenue dans un environnement où il y a toujours une malaria qui vous guette quelque part.
Dans cette rue Josina Machel que j’habite, réputée pour être plutôt calme, les soirées et matinées sont agitées. Dans cette rue, les gardes se suivent, chacun installés sur leurs fauteuils en feuilles tressées. Quand il m’arrive de sortir à la nuit tombée, comme ce dernier dimanche soir, Manuel, sourire aux lèvres me propose de faire un bout de chemin avec moi. Au milieu de la rue, c’est un autre garde qui prend le relais du premier pour parachever ma route dans cette rue mal éclairée. Je suis arrivée à bon port, mon hôte m’accueille.
La nuit est un théâtre classique, unité de temps et d’espace, rien qui ne vient troubler la structure codifiée de cette dernière. Pour vous dire comme elle est régulière et comme tendre l’oreille est d’une toute aussi grande précision que regarder l’horloge. Premier rendez-vous, les chiens aboient, batem o papo (comprenez ici « conversez ») pendant une petite heure, entre onze heures et minuit. Puis viens le coq qui entonne un premier chant aux matines. La mosquée continuera pour la première prière à l’aube…Enfin les gardes des maisons alentours se réveillent, à Matutini, et balayent les trottoirs à l’aide de feuilles de palmiers séchés : « pch pch pch pchch pch… ».
Ce balayage est systématique. La présence du garde se ne justifie pas tant pour le danger présent dans la ville que pour l’accomplissement de quelques tâches ménagères de ce type. Du temps où les portugais étaient au Mozambique, il est resté une organisation sociale qui inclut gardes et employés de maison, dès que l’on a une situation et des ressources qui le permettent. Nous allions nous promener à la tombée de la nuit sur une piste avoisinante et qui mène au Malawi pour prendre un bain dans une piscine dont on parvient à voir le fond. C’est l’heure de pointe, les routes sont encombrées et la poussière rouge ne permet pas de voir les véhicules mal éclairés au delà de 25 mètres. Pourtant en passant, je remarque un petit gars armé de cet outil qui tranquillement affrontait l’hostile nuage de terre. Voyez vous-même…
Une fois le travail accompli, les gardes se rassoient et commence une conversation qui s’arrêtera un peu plus tard, reprendra, enfin elle durera la journée… Il s’agit de nouveau du rapport au temps, le rapport aux gens, et oui ici on ne tape pas la discute entre deux couloirs ou deux rendez-vous, on l’installe des heures durant, on ne convient pas d’une rencontre pour prendre un café, d’emblée la journée y est annoncée. Quand on n’a rien d’autres à faire, qu’est ce qu’il reste ? Papoter, confabuler, discuter, ou bavarder, sur le pas de la porte, sur le balcon, ou encore assis sur le trottoir, en tressant ou en jouant aux échecs. Une des adresses les plus fréquentes lors d’une rencontre c’est: « tu avais disparue ? » . La société mozambicaine est comme sans doute dans de nombreux pays d’Afrique très communautaire, alors on laisse l’individualisme au placard et on envoie des sms tous les jours, on s’appelle pour quelque chose ou pour rien, juste pour souhaiter une bonne heure qui suit celle que l’on vient de partager. « Estamos juntos », est l’adresse pour se quitter et signifie on est ensemble. L’opérateur téléphonique majeur du pays Mcell qui se partage le marché avec Vodacom, a repris ce slogan à son compte. Enfin, samedi, jour des visites, les amis, la famille sont ensembles pour cuisiner, déjeuner et aller à la messe. Les magasins ferment à 13heures, la ville se vide, déserte, pas de voitures, pas de motos, pas de bicyclettes, rien, enfin presque rien, les bars et baraques concentrent une part gourmande des hommes de la ville qui se retrouvent aussi pour converser et se cogner franchement la tête à la bière : Estamos juntos !
La journée commence alors ce samedi, je me lève, met en route le café, et traverse la rue pour aller chercher le pain chez le portugais. La meilleure boulangerie de la ville est logée en face de chez nous, quoi de mieux pour une maison de français. Ce vieux monsieur est installé ici depuis plusieurs années , depuis toujours peut-être, je ne sais pas encore bien son histoire, j’irais un de ces jours converser avec lui quand il s’assoit sur le muret qui borde la maison. Il paraît, selon les dires de mon ancien professeur d’aérobic, que durant la guerre, il était responsable des tickets de rationnement. La province de Nampula a connu la présence la plus importante de Portugais pendant la colonisation , et pour cause, le commandement militaire était installé ici.
Après le petit déjeuné, nous partons avec Romuald vers la Cavalaria, un quartier situé derrière la gare, il suffit de traverser la voie de chemin de fer pour se retrouver dans le plus grand centre commercial à ciel ouvert de la ville (hormis le marché « feira »du dimanche matin). Comment décrire ce lieu ? C’est un marché aux puces, un souk de Marrakech, à l’ombre des mangueiras, où les baraques se côtoient, s’entremêlent et nous perdent. Les dons de nos braves occidentaux ont encore le monopole sur l’étalage. Les vendeurs achètent un lot de vêtements et autres accessoires d’occasion usés mais qui serviront encore pour une saison. Rafistolés, et rafraîchis à la mode d’ici, je me délecte en passant, de voir, ma foi, de belles pièces pour un euro symbolique que sans vergogne je daigne négocier encore : ça fait parti du jeu. En chemin, entre le bruit des machines à coudre et les conversations, j’entends quelqu’un me dire « qu’est ce que tu fais là dans le quartier ? ». Je lui répondrais « Et bien je me promène, on a pas le droit de sortir de la ville quand on est blanc ! »Les périmètres sont bien délimités comme partout ailleurs et une blanche dans le quartier, ça fait tache. Il rit à ma réponse, ce rire qu’on ne sait jamais bien interprété tellement il est utilisé et dans bien des contextes : un fil interculturel à dénouer en terre mozambicaine. On a peur, on rit, éhonté, on plaisante, attaqué par un supérieur hiérarchique, on badine encore. Le conflit est évincé quoi qu’il en coûte, le consensus règne et les chèvres sont bien gardées.
Un samedi soir à Nampula , on fête le départ de Marteens, un hollandais qui resta quatre années. Pour faire ses adieux, il choisit le Centre social des Obras Publicas. Chaque institution quelle qu’elle soit, comme l’Université, la Mairie ou encore les travaux publiques comprend, ce qu’on appelle ici, un Centre Social. C’est un bar-cafétaria, une baraque comme il en existe des centaines, où l’on sert le couvert pour un ou deux euros. Les gérants sont bien souvent débordés assis sur une chaise, le rythme est tranquille, les frigos sont remplis de sodas , et les casseroles d’huile. Un chapitre entier devrait être consacré à ces lieux, ouverts, où la mixité n’est pas encore, aussi bien devant que derrière le comptoir.
Je ne connais pas les chiffres concernant l’activité des hommes et des femmes, mais je remarque cependant que la vie sociale professionnelle est encore bien fermée à mes comparses féminines. Les femmes mettent toutefois de la couleur sur les bords des rues. De nombreux mais néanmoins petits groupes, établis sur un trottoir qu’ils partagent avec les vendeurs à la sauvette, remplissent un verre d’eau au passant, proposent beignets, biscuits sucrés à la cacahouète, jus de maïs, ou maïs grillés. C’est là une activité possible hors des champs qui occupent les femmes. Dans un devoir de grammaire sur l’adjectif qualificatif proposé aux étudiant de première année je recueille souriante une jolie perle. Complétez la fin de la proposition en y intégrant un adjectif épithète et attribut :

« le lundi est le jour le plus dur de la semaine mais
les femmes mozambicaines sont lasses toute la semaine »

Alors entre buffet garni et boissons, le show dansant est ouvert. Je dirais et ceci n’engage que moi qu’avec le déplacement journalier à pied ou à bicyclette, et le sexe , la danse est la troisième activité physique pratiquée. A moins qu’il ait été montré que langues déliées aillent de paire avec calories brûlées. Je me suis déjà attachée à certains tubes que je critiquerais en France mais qui ici me font danser et transpirer. On danse à deux ou à dix, jamais seul. On ouvre un cercle, les corps s’animent, la danse du ventilateur démarre. C’est le guide « Le petit futé » qui en parle, mais je ne l’ai jamais entendu être nommée ainsi. Mais je crois savoir de quoi il s’agit : tout est circulaire, je vous parlais à l’instant de ce cercle ouvert, le mouvement des fesses est lui aussi giratoire. La musique est mozambicaine, tanzanienne, zimbabwéenne ou en encore guinéenne. Les tubes commerciaux n’appartiennent qu’à l’Afrique du Sud. Pour finir cette journée, je rejoins mon lit et laisse mes rêves ouverts à mon homme du Nord qui me manque souvent à cette heure, en ayant néanmoins, la perspective d’une retrouvaille heureuse au Mozambique : je t’attend mais je ne suis pas triste.

Belle époque pour les expatriés ces jours-ci, la Coupe du Monde alimente les moments que l’on partage dans ce foyer multiculturel. Les grands écrans fleurissent et les télévisions vivent un deuxième souffle épuisées par les télénovelas brésiliennes et portugaises. La Coopération Italienne organise pendant le Mondial un road-trip dans la brousse de la Province avec écran et signal satellite : http://www.cinemarena.org
Il s’agit d’un projet de prévention contre le HIV-Sida. Des films animés et les discours d’ouvertures des personnes officielles rappellent à la population l’importance d’adopter de nouveaux comportements pour lutter contre ce fléau meurtrier au Mozambique. C’était étonnant de se retrouver au milieu de nulle part, même si ce nulle part porte le nom d’Alua, pour suivre Ukraine-Italie avec des personnes qui n’avaient jamais auparavant entendu parler de Mondial. Romuald et moi-même sommes les seuls représentants de la France, ici à Nampula, mais les Bleus ont plus de deux supporters, les étudiants sont bien là avec nous ! Nous visitons et admirons le retour grandiose de l’équipe nationale au Tropical, endroit xique e nice « chic » de Nampula où l’opulence s’étale et s’éclate sur des lattes exotiques bordées de sculptures animales et coloniales en santal. Ce soir là, une analyse des comportements nationalistico-footbalistiques révèle les incompréhensions communicationnelles possibles autour d’une bière et d’un match. Il faut jongler avec les patries comme on hasarde avec les problèmes, Hollande, Mexique, Brésil, Italie, France, Allemagne. Je ne suis pas une inconditionnelle de football, je n ai jamais suivi les championnats, pas de grand-frère au club communal, et le seul homme de la famille sait aussi bien reconnaître un hors-jeu que la dernière tenue que j’ai acheté aux soldes. Ainsi je découvre avec un œil neuf l’émotion diablement fervente de notre ami Italien ou de notre amie Brésilienne pour ne citer que ceux-là car dignes représentants des pays où le football est la seconde religion. J’en parle aujourd’hui avec recul mais nous avons mis les pieds dans le plat avec Romuald. Dimanche soir devant le match Suisse-Italie, Romuald discuta sans mauvaise intention un penalty accordé à l’Italie, légèrement endormie par le jeu, je ne sautais pas dans les bras de Nicola pour féliciter la victoire in extremis de son équipe. Non-dits traduits, on comprendra très vite l’incident diplomatique. Un ami se doit d’être là pour soutenir celui qui joue dans les bons comme dans les mauvais moments, dans la joie comme dans la peine. Ca ne vous rappelle rien ? Aujourd’hui, dimanche 1er Juillet, nous mesurons avec raison et craignons d’assister à une finale France-Italie qui dans le cas d’une victoire française pourrait possiblement altérer au moins pendant un temps notre amitié. La finale sera sur l’Ile du Mozambique au beau milieu de la forteresse, rendez-vous le 9 Juillet. Simplement, nous prenons la voiture, allons à l’Ile, nous prenons la Coupe du Monde et partons en Afrique du Sud ! Les vacances sont officiellement déclarées, le road-trip nous attend mais sans écran cette fois. Départ Nampula-arrivée Kruger Park, où le vent nous portera nous nous arrêterons, sur une plage, dans les montagnes, ou sur un pont surplombant le fleuve Zambèze, peu importe. Nous parcourrons le pays du Nord au Sud. Personne ne veut venir ? C’est une invitation au voyage que je vous proposerai en Août quand plus que trois petit mois me sépareront du retour en France.
Audrey

lundi, juin 12, 2006

Et celle ci parce que je l´aime beaucoup

Et pour finir...

Ci-dessous une vue de la maison, les chants de la mosquée, le silence de la montagne
















Un dimanche soir sur le toit de la maison, rendez-vous pour le coucher de soleil, on aime bien ça et puis ici on gagne à tout les coups!

Bon la terrasse c´est un endroit de rêve dont je me garderais bien de vous donner le nom: un lieu secret qui ne peut-être partagé: Ne vous avais-je point dit que je surveillerais langage et message...

Encooore




Toujours a Pemba, accueil en masse du Président et balade dans lçes champs...

et pour finir de rêver ...




Trois pieds en avant a Pemba vâlent mieux qu´un, en Mai...





















samedi, juin 10, 2006

Quelques nouvelles

Bonjour,

Le regard tourné vers l’Océan Indien, les mots vers la masse Internet. J’ai appris hier soir par un couple français installé près de Nampula qu’ils avaient eu accès à ce blog depuis un lien présent sur un site consacré au Mozambique. Stupéfaite, je n’avais bêtement pas mesuré l’amplitude de l’onde bloggeuse. Gênée d’être découverte, honteuse d’impliquer d’autres personnes, je me demande si je ne vais pas cadenasser ce journal aux anonymes d’Internet : « Vamos ver ». Après quelques recherches bredouilles, la seule solution qui m’apparaît est de surveiller langage et message. J’essaierais cependant de faire abstraction de tous ces regards potentiels dirigés vers moi et de continuer une écriture libre et spontanée.

Je n’ai pas donné de nouvelles depuis quelques temps, autant on a besoin d’écrire lorsque l’on arrive parce que ne connaissant personne ou peu, il est ce besoin de partager nos meilleurs moments. Mais alors à l’aube du cinquième mois complété ici , je me sens en train de commencer à vivre vraiment ici. Décidément, neuf mois seront bien courts…

Ce qui m’occupe aujourd’hui, c’est de vous faire parcourir des mots qui vous transmettrons des images de celles qu’ont pourrait qualifier de paradisiaques.

Depuis que je suis arrivée, j’ai exploré quelques endroits côtiers, où les sillons creusés sur les plages de sable blanc m’ont mené droit vers l’Océan Indien. La première destination a été Ilha do Moçambique. C’est une île aux portes de Nampula classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Le chemin pour y aller est confortable, deux heures de route sur de l’asphalte … L’endroit est assez surprenant, chargé d’histoire du passé mais révélateur du présent. On ne voit nul par ailleurs autant de bâtiments issus de la colonisation portugaise : des anciennes maisons d’esclaves réhabilitées ou non, une forteresse ouverte sur la baie, des églises, des mosquées et un temple hindou vieux de 400 ans. L’île est assez petite mais beaucoup de personnes la font vivre. La pêche est miraculeuse et les baleines viennent à passer de temps à autres dans la baie ( j’aurais peut-être la chance de les voir en novembre). Beaucoup de ces bâtiments tombent en ruine , abandonnés, rénovés par quelques étrangers qui acquièrent des titres de location. La plage de l’île est un grand lieu d’aisance à ciel ouvert pour la population mais pas celle à laquelle vous penser, on ne farniente pas sur la plage de l’île. Et oui la distribution d’eau potable, l’assainissement et les latrines ne sont pas encore au goût du jour même si des projets sont en voie de réalisation pour améliorer les conditions actuelles. Mais rien de tout cela ne vient gâcher le plaisir du touriste, non laissons cela à la population locale…Voyez ici un peu de cynisme, ne nous méprenons pas ! Le plaisir est là, c’est un après-midi très chaud, les lèvres salées, et les mains dans les poches, je déambule dans les rues de l’île. La vie est y calme et paisible, les enfants m’accompagnent et s’improvisent guides. On a rencontré là-bas un français, Antoine installé au Mozambique depuis douze ans qui est l’un de ceux qui réhabilita une ancienne maison d’esclaves en un magnifique hôtel-restaurant. Les conversations avec lui sont très riches en enseignements sur la vie dans le pays, la vie d’un homme, la vie d’un entrepreneur, la vie d’un rêveur insulaire. Une barque à moteur peut vous emmener qui dans la mangrove, qui sur l’une des nombreuses îles qui entourent la Grande et Mystique. Je suis allée voir les fonds marins en masque et tuba, mon premier bain, résultats mes yeux en ont vu de toutes les couleurs, mes fesses une seule : le rouge. Et puis pas très loin avant d’arriver à Ilha, on peut emprunter une piste qui mène vers une péninsule, c’est Chocas Mar. Une vraie expédition car hormis le sable et la mer , rien autour, une zone déserte qui n’attendait que nous. Nous louons un bungalow, prévoyons le charbon de bois, une guitare, de la bière et du vin, pour le reste l’océan s’en chargera bien : les Rois sont blancs mais la Reine est piquée, il faut bien que la nature rattrape les déséquilibres de la nature humaine. L’ouie réveillée à la fois par les chants des pêcheurs et le murmure des vagues, le bon temps passe comme ça mais passera bien un jour.

L’escale à Angoche quelques semaines plus tard m’aura valu quelques bosses. Il n’est rien de comparable à l’état de la route pour se rendre à Angoche , si ce n’est un champs de mines, quatre heures de piste à une vitesse comprise entre 20 et 60 à l’heure. L’ancienne ville de la Cajou fut très dynamique pendant la colonisation, l’industrie de l’anarcadier prospérait. Pendant la guerre, elle se fit lieu de repli plutôt que front. Depuis lors , la ville s’est vidée, les nouveaux bâtiments en construction laissés à l’abandon. On a l’étrange impression d’arriver dans une ville fantôme. Pour fêter le départ heureux d’amis qui y vécurent pendant deux ans, on organisa un barbecue sur la plage. La mer était délicieuse, sans méduses ni oursins, des vagues pour jouer…

J’aime ces moments de plages désertes et paradisiaques mais je préfère quand même, les lieux comme Ilha qui ne sont pas des réserves de culs blancs…Ilha et Pemba ont cela en commun à mon sens ( c’est très subjectif sans doute), d’être des viviers d’histoires, de cultures profondément ancrés. Chocas Mar respire certes la tranquillité mais ma curiosité culturelle n’y est pas assouvie ni même mes besoins communicationnels. Ce week-end entre franchouilles à Pemba a été en ce sens assez riche. Nous sommes partis avec Gwen, notre blonde parisienne échouée pour deux mois à Nampula, qui vient de reprendre, soit dit en passant, ses valises pour la France et Romualdo vers Pemba , ville côtière du Cabo Delgado, praias bonitas, une architecture pas aussi ancienne qu’à Ilha mais un quelque chose de différent. Les baobabs sont aussi nombreux que des champignons dans une forêt bretonne en automne, je ne me suis pas lassée de les regarder et de partir sur les chemins histoire de me mesurer à ces mastodontes. On a aussi parcouru la ville, le bairro de la Baixa (bairro veut dire quartier), apprécié quelques belles images, beaux visages, accueilli des regards, réceptionné des adresses en Makua du Cabo Delgado auxquels je ne peux pas encore, malheureusement répondre. Les animaux ne sont pas loin quand on est à Pemba, là, derrière ces arbres, le léopard massacre des villages, tue des enfants. On parle d’un requin, qui s’appelle le Zambèze, qui descend le dit fleuve, les éléphants qui s’imposent et s’opposent à la vie de certains : sombre histoire d’un italien de Pemba…enfin on verra plus tard la rencontre avec la faune terrestre, pour l’instant les méduses et poissons me suffisent bien. On voulait repartir en avion le Dimanche. Mais voilà tout peut arriver, même Monsieur le Président Armando Guebeza par hélicoptère trente minutes avant notre supposé embarquement. L’aéroport était plein, une foule incroyable dans cet espace. Ce n’était que chants et danses dans tous les coins, représentation riche des groupes traditionnels de la province afin d’accueillir la visite du Président. Les hélicoptères dessinent un pentagone dans le ciel et viennent se poser sur la piste. Tout le monde se presse pour le voir et le saluer, et nous, assistons à ce spectacle démonstratif du fort sentiment nationaliste. On entend quelques voix s’étonner d’un tel gaspillage d’argent, les hélicoptères semblent futiles dans un pays si pauvre. Mais enfin, il s’éloigne déjà , tout le monde se disperse, et nous regagnons la file d’attente. File d’attente si je puis dire. Il ne restait plus que nous et un couple de hollandais. Personne derrière l’office pour recevoir nos billets : l’avion va t-il arriver. Et bien non, le vol est annulé mais personne n’est là pour nous le dire. Il aura fallu appelé le directeur pour nous faire réserver une nuit de plus à l’hôtel, au frais de la LAM, avant de reprendre l’avion le lendemain à la même heure . Nous avons donc quitté Pemba lundi , après une petite balade sur l’aéroport. Il n’y a vraiment qu’ici qu’on peut se permettre cela, le plan vigipirate n’est pas encore là.

Pour revenir à des moments de la vie quotidienne, parlons Saudade…

Semaine sur une note bleue mozambicaine : Trilogie du lundi soir où je pense à lui en attendant la nuit. Eternal Sunshine et toi, merci de l’aide messagère qui m’appuie, qui m’alimente pour quelques jours. Mais y a des jours où tout ne pas pour le mieux et y a des jours où tout part en…biiiiiip

Et puis il y a des jours, comme ce jeudi , où on ne sait pourquoi , ou plutôt si, il est une force en soi qu’on ne soupçonne pas qui a le pouvoir de modifier la réalité. Aujourd’hui elle m’a parut plus belle. Bref, la journée a commencé sur cette note teintée de rose : « Vous êtes joulie oujourd’hui ! » m’ont – dit les étudiants la bouche en cœur. Le cheval a pris le même chemin et m’a fait comprendre qu’aujourd’hui était un bon jour. Pour finir, je partais ce week-end là à Angoche et mourir…

« Je m’en allais chercher des oies du côté de Fouilly-les-Oies

Soudain qui vois-je devant moi, une belle fille au frais minois »

Au petit jour, il est 6 heures, je pars à l’Université, une épopée cyclique, de la musique dans les oreilles, à bicyclette ? Une blanche à vélo anime les rues de Nampula, à mon passage, on rit, on lance des « Magunha » (qui veut dire blanche en Makua), on s’étonne et applaudit l’effort. J’ai fais des tours et des détours, des contours dans ma tête, je regarde passer les images. Avale la poussière, fillette, tu n’es pas au bout de tes peines. Alors je laisse passer les mauvaises pensées du début de semaine. Si ce n’était que cela…Mais mon ventre se gonfle comme un ballon de baudruche, l’once d’un instant devant mon miroir qui avait tout, de ceux qui vous déforment la silhouette dans les fêtes foraines, j’hésitais entre la grossesse et la malnutrition. Les rigoureux exercices abdominaux hebdomadaires ne servaient donc à rien. Je suis bien fragile aux modifications alimentaires, un point noir dans le paysage. Je bondis bip bop sur ma selle, saute les bosses, évite les sauterelles, popomo : c’est la récolte du riz , festin grandissant pour elles, mais gare à vous mesdemoiselles vous finirez sans doute sur le feu , grillées et croquées sous la dent d’un Manuel friand de Xima et de Popomo ( en Makua). Sont attirés à la lumière blanche des hauts lampadaires de la rue, des nuages de sauterelles qui donnent à l’éclairage une apparence verte. Tous accompagnent leurs sauts, remplissent les bouteilles en plastique, garde-manger du lendemain.

La saison des pluies s’est vraiment terminé en Mai, depuis plus une goutte, ou presque…L’hiver est déjà bientôt terminé selon les dires, j’avais attiré à moi mon sac de couchage pour les nuits qui sont plus fraîches ( 20°?, on s’habitue vite aux fortes températures, mais j’ai cela dit du mal à m’en faire une idée exacte). Un matin d’examen à l’Université, je pointe le nez vers l’extérieur, et regarde cette pluie fine qui vient me rappeler la mélancolie d’une journée de printemps en Bretagne. Quand il fait sombre, que l’on allume la lumière vers 15 heures, Mémé fait des crêpes, Papa MacGyver bricole dans le garage, Maman nettoie la salle de bain, et moi, le nez en l’air au-dessus de mes exercices de maths, je songe, ça y est j’ai décroché, il n’aura pas fallu beaucoup de formules pour me faire voyager. C’est incroyable, comme la vie à l’étranger stimule la mémoire. Les souvenirs d’enfance sont des thèmes de rêverie ou de conversation très présents.

Et puis pour parler en vrac des derniers évènements, et bien nous avons accueillis un séminaire pour les professeurs de français du secondaire, en clôture après une semaine d’étude , un festin de Rois, le buffet tant attendu, au Centre Social de l’Université, professeurs et étudiants à l’honneur ! Les assiettes étaient remplies comme on ne pourrait l’imaginer, mastication des heures durant pour remplir des ventres qui jeûnent bien souvent malgré eux ou alors qui ont en mémoire des époques où la nourriture venaient à manquer, et non pas parce qu’ils chantaient tout l’été, mais faut-il vraiment vous la raconter cette triste fable ?

Quand le vélo n’est pas en forme, et oui une petite santé, la qualité asiatique n’accuse pas aussi bien les chocs que la ferraille allemande, j’appelle mon taximan, Julio. Le tableau de bord fait office de comptoir et les brèves courent. Julio est un de ces chefs de famille qui portent à bouts de bras beaucoup de personnes, femme, enfants, petits enfants, et arrières petits enfants. Bien conscient des difficultés inhérentes à la pauvreté, aux grossesses prématurées et répétées, il parle avec grande ouverture. Et puis ici on ne boit pas comme les blancs, dit-il, le goulot colle aux lèvres, l’alcool décape tout sauf la misère.

Estamos juntos…

jeudi, avril 13, 2006

ohohohoh

Amigos, Amigas,...
Merci pour vos messages et commentaires, ca me pique au coeur...
Anne-Claire, Carmita, Cecilou, ma Vio, Anne- So, Lor, LCR, Janick, Pepette, et bien d´autres, merci les filles, c´est vous les plus belles...Je vous souhaite le meilleur!
La Bise Audrey

samedi, avril 08, 2006

Et moi et moi et moi




Je vous donne des nouvelles de ma frimousse et de mes collocs, la maman réclame, et tout le monde sera ravie, non ?

Semaine des Miracles

Quelques photos ici de la Francophonie!


Ci dessous la scène montée dans le centre-ville pour accueillir des centaines d'artistes:
Au total c est 180 artistes qui auront participé à cette Semaine , et un demi millier de personnes qui assisteront chaque jour aux festivités!!!!
On peut être fier de nous...


Ici des artistes locaux: Mitwedjetu


Le public déchaîné et une kermesse pour les enfants le dimanche , pétanque, pêche à la ligne et bien d'autres jeux encore

Et moi avec mes étudiants, ils sont pas mignons?

Des images à mettre sur des mots....




Un peu de Cuisine pour se mettre en bouche... Le
poisson frais grillé, les langoustes, les encornets






















Olimpia, Reine des douceurs salées locales...


Le marché municipal, O Mercado Municipal


Déjeuner chez Ofélia

Conte, La Découverte de l'Amour



La découverte de l’Amour,

Au commencement du monde, les hommes et les femmes ne se connaissaient pas. Les hommes habitaient dans les savanes et les femmes dans les villes et villages.
Les femmes appelaient les hommes « Rojolos », ils étaient la viande quotidienne des femmes. Les femmes sortaient tous les jours pour chasser les Rojolos dans la savane pour leur alimentation et retournaient en ville ou au village.
Un jour de chasse, une jeune fille attrapa un petit Rojolo qu’elle ramena vivant chez elle.
Durant la soirée et la nuit, le Rojolo cria et pleura beaucoup. La mère de la jeune fille à cause du bruit, s’énerva et lui demanda :
- Pourquoi as-tu emporté cet animal vivant ?
Elle ne répondit pas et décida toutefois de prendre l’animal avec elle dans sa chambre. Pendant son sommeil, le Rojolo était curieux et commença à effleurer les parties sensibles de la petite, elle geignait et le Rojolo de continuer. Le Rojolo était sourd et impatient de connaître l’inconnu. Il commença instinctivement a embrasser la fille et s’en suivit un acte sexuel des plus intenses qui fit crier la fille de plaisir qui disait :
- Maman, le Rojolo est doux, Maman le Rojolo est doux !
Suite à la découverte de cette première douceur, la fille était très fatiguée mais curieuse de recommencer. Cependant la mère arriva dans la chambre, prit le Rojolo pour tenter à son tour l’expérience. A partir de ce moment-là le Rojolo se transforma en machine sexuelle.
Trouvant le Rojolo plus expérimenté, une fois dans la chambre, la mère le laissa faire à volonté. Il opéra intensivement et librement. La femme vécu pendant cet instant tous les orgasmes qu’elle avait conservé en elle pendant des siècles sans être auparavant cueillis, et cria à son tour :
- Ma fille, Rojo-Roro-Jolo est très doux, doux ! Ma fille, Rojolo est très sucré. Appelez la Reine, appelez-la !
La Reine appelée, se prononça sur la Rojoloaction. Cette dernière coucha à son tour avec le Rojolo et apprécia sa douceur. Le chef décida de réunir toutes les femmes pour qu’elles aillent chacune chasser le Rojolo à crier. Les Rojolos furent chassés de toute part, pris vivants, vers les villes et villages, formant ainsi des familles. Très tôt surgirent les problèmes d’adultères, de jalousies, discordes et les premiers fruits de la rojologie. La femme ne pouvait désormais plus vivre sans Rojolo, il était devenu sa viande depuis la création du monde. Les hommes apprirent à vivre avec les femmes malgré la peur de chasse passée, et eurent la valeur de l’or dans la vie quotidienne des femmes. Tous les jours des amours se volent. Les femmes qui n’ont pas d’époux se fréquentent les autres.
En Afrique, sans époux ou épouse, vous n’êtes rien. Il y a encore aujourd’hui des souvenirs de ce passé entre les femmes et les hommes quand on fait pipi :
Les hommes regardent vers la savane car ils étaient sauvages et les femmes regardent vers la ville ou le village car elles y ont toujours vécu.

Conté par Marcelino Daniel Jumamossi.


Saveurs australes

Le 8 Avril 2006

Amis du goût bonjour !

Qui a dit que les français parlaient toujours, à table, de ce qu’ils ont pu mangé ailleurs, qui a dit qu’ils ne parlaient que de choses spirituelles et légères pour ne pas gâcher le plaisir de la gastronomie…A dire vrai je me reconnais dans cette attitude assez franchouillarde, et pire encore un phénomène qui s’accentue alors que je découvre de nouvelles sapidités.
Comment ne pas s’attarder pour quelques lignes à la cuisine, alors que nous consacrons, rien qu’à sa consommation, 7560 heures par an. Un voyage culturel comprend toujours un coin de table, et assurément je me suis déjà cognée à plus d’un. Par où commencer, ah lala la, difficile : Le soleil et la chaleur portent ses fruits, quoi de mieux qu’une rondelle d’ananas, différent mais plus léger qu’une tranche de pâté de campagne de Marguerite : fameuse et ô combien émérite charcutière de cette bourgade de forgerons nommé Martigné-Ferchaud. Définitivement amoureuse des douceurs, je trouve ici un apport en sucre plus naturel. Nos repas ne sont pas si variés, mais on découvre ici la richesse des produits de l’océan. Une bassine de crevettes sur pattes passe de temps à autres dans la rue, on l’arrête, on observe la fragile nuque de ces dernières qui craignent comme notre cher Prince de la nuit, le soleil. Un mauvais coup et la fête n’est plus. Mais si elles sont encore fraîches, alors, place à la négociation...
Les Grandes Découvertes Portugaises du 15 et 16ème siècle ont ramené dans cette partie du monde des épices que tout le monde connaît, des saveurs venues des Indes. La communauté indienne étant très importante ici, la cuisine s’en trouve fortement influencée. Soudain la magie opère : um carril de Camaráes , un curry de crevettes, du riz cuit à la coco et « tu verras comme ton homme t’aimeras »… Dois-je encore vous parler des crabes, langoustes, thons, encornets, calamars, et enfin du célèbre espadon qui mena la vie dure à un vieil homme …Difficile de ne pas en fâcher certains. Peuple de pêcheurs, terre de légendes. L’une d’entre elles dit que les pêcheurs disposeraient des ossements humains dans le fond de la barque pour que la pêche soit plus abondante. En résumé c’est carême tous les jours à la maison, la viande s’invite moins à notre table, et ma foi ça me va bien.
Les premiers jours dans notre casita ont été occupés par l’organisation de la vie domestique avec l’aide précieuse d’OlÍmpia, l’employée de maison. Elle m’a montré les lieux qui allaient bientôt devenir notre source de denrées. Les marchés cachés des quartiers extérieurs, la gare ferroviaire où l’on attend impatiemment les arrivages des campagnes. J’adore parcourir ces endroits à la recherche du manioc, maïs, aubergines, coriandre frais, tomates, et autre siri-siri. Les odeurs sont fortes, et les discussions vont bon train.
En arrivant à Nampula j’ai rencontré Ophélia et sa famille…Nous avons été invité à déjeuner un samedi midi après une soirée bien arrosée, dur réveil mais aussitôt attablé devant un cubit de rouge et une montagne de victuailles locales. Une des spécialités servies fréquemment s’appelle la Matapa, comprenez une espèce de purée d’épinards hachés grossièrement, baignée dans une sauce de coco et cacahouètes râpées : nous en avons apprécié plusieurs, et la meilleur est de loin celle d’Olimpia, quelle délice…On l’accompagne soit de riz, soit de Xima ou bien encore de Caracata, une préparation respectivement de farine de maïs ou de manioc mélangé à de l’eau. Les féculents sont à toutes les sauces, à tous les repas et l’on comprend vite pourquoi. Olimpia a eu la grâce de me dire qu’il fallait que je grossisse. Elle m’a dit ainsi que je paraîtrai heureuse à mon retour, embellie d’une vie mozambicaine riche et sans tracas :

« L’Afrique t’as profité, hé Mama ! ».

Parlons maintenant des femmes, ces belles qui imposent une société matriarcale où seule la filiation de la mère est reconnue, tout au moins ici dans cette Province Makua. Etrangement elles sont les seules à porter encore des tissus traditionnels noués à la taille, longues jupes qui dissimulent leurs jambes, ou bien également utilisés pour porter leur petit. Femmes chaperons, elles rêvent sous cape à une nouvelle condition, où la ligne s’affine et les cheveux raidissent. Je ne parle bien sûr pas de celles qui portent des livres mais de ces femmes de tête qui marchent le long des pistes rouges, cependant derrière les hommes qui eux déambulent les mains libres, et transportant avec une telle dextérité, eau, vivres et bois de cuisine. On nous envie nos cheveux « d’ange » qu’elles aiment à caresser lorsque on se trouve à leur portée, mais moi je m’extasie tous les jours devant l’incroyable diversité de sculptures qu’elles imaginent. Quelle lassitude devant mon miroir, un élastique ou deux, attachés ou libres…
Les hommes étrangers eux, ne se lassent pas de regarder ces beautés noires bougées sur la musique locale qui fait chalouper les corps. La fête cubaine organisé il y a peu par les salseros de la ville m’a permis de vivre moi aussi ces rythmes, les hommes mènent le pas, il n’y a plus qu’à suivre. Nous avons dansé jusqu’à l’aube sous le ciel de Nampula. Les bons moments se suivent, voyager réserve des surprises tous les jours, et c’est peut-être après cela que l’on court, être surpris, avide de nouveauté, et rejetant la routine quotidienne. Je veux qu’on m’étonne et étonner parce que moi aussi je suis nouvelle. Depuis que je suis partie je me redécouvre moi-même, je complète le portrait que j’ai commencé à peindre. Je suis un caméléon amphibien qui nage dans le bleu et se colore des teintes qu’il trouve sur son passage, les couleurs des Sud, de l’Amérique, de l’Europe, de France et enfin de l’Afrique. Le sens de ma vie tourne jusqu’à présent autour de ces voyages et en attendant je ne me pose pas plus de questions. Le retour arrivera bien mais n’y pensons pas, enfin pars pour l’instant, euh, pas …
Il n’y a pas un jour qui passe sans que je me dise que j’ai de la chance. Chance d’être ici, chance d’être blanche dans un monde où il n’est pas facile d’être noir, chance d’être accompagnée, et encouragée par un homme du nord, si loin mais si proche grâce à la magie d’Internet. Alors la terre peut bien s’arrêter de tourner demain, pour moi il n’y aura pas de regrets. Quelle chance encore n’est ce pas, de pouvoir affirmer cela ! Nouvelle routine mais routine quand même, on ne mesure pas le temps pour rien, il faut y fixer des rendez-vous pour qu’on puisse ne pas trop s’éparpiller. J’enseigne à l’Université depuis maintenant un mois. J’ai autant d’années sur cette terre que les étudiants que j’ai en face de moi, mais nous nous sommes dessinés le monde selon des prismes culturels différents et c’est cela que je vais échanger avec eux. Je garde en mémoire un de mes premiers cours sur le fonctionnement discursif du français qui n’a été qu’une longue digression partie d’un seul mot : « vide-grenier ». Excusez-moi Ferdinand, mais vos concepts linguistiques ne monopolisent pas tous les débats du cours de français. Ainsi quand dans un pays même une bouteille en plastique récupérée fait que vous avez gagné votre journée, comment expliquer que les français passent vingt ans de leur vie à entasser ce que l’on appelle des vieilleries dans une pièce spécialement conçue à cette fin ? Les yeux grands ouverts et amusés suivent mon entreprise de mise en lumière d’un telle idée. Je m’en sors enfin après avoir usé beaucoup de cire. J’avais ouvert une porte de « libre-échange » interculturel, les étudiants se sont tous précipités vers cette dernière et m’ont posé toutes les questions qui les interrogeaient. Tous les sujets ont été abordés, l’amour, la cuisine, la politique, le système social, la maternité, le mariage, l’avortement, la religion, enfin tous ces thèmes que je m’amuse moi-même à vous faire partager. J’espère que je n’ai pas trop fourvoyé l’image certaine qu’ils avaient encore de la France. En tout cas ce cours m’aura mis du baume au cœur…Les choses en vrac qui les ont le plus étonné : le chômage, premier enfant à 29 ans, jeunes français sans foi (au boulot Seigneur…encore beaucoup de brebis égarées), nos Tanguy nationaux qui dorment sous le toit parental avec leur copain/copine etc.
Je passe encore quelques heures durant à remuer mes fesses sur de la musique Dance, et oui tout arrive ici, même les cours d’aérobic. L’occasion de se défouler et de ne plus penser aux différents obstacles rencontrés (patience Chers et Chères, là aussi beaucoup d’histoires à conter). Alors deux fois par semaine je me rends dans cette salle de sport où j’ai découvert ce que c’était de transpirer de tous ses pores sans sauna…Le « professeur » lutte, on le voit bien, pour ne pas arriver avec plus d’une demi-heure de retard, le pas tranquille, la démarche assurée, les muscles bien gonflés, le voilà, on va pouvoir commencer. Puis les échauffements démarrent, je vous rassure, le rythme est mozambicain, rien à voir avec Véronique et Davina. La récompense à tous ses efforts, c’est les cours de cheval : Deux fois par semaine je me rend à la Quinta dos Frangos, pour apprendre à monter. On sort de la ville, et puis à 5 kilomètres en direction de l’aéroport, on emprunte un chemin en terre qui nous conduit sur une immense propriété en pleine campagne entourée par les montagnes. On m’appelle Perrette, je suis à mes heures champêtre et rustique. Aussi il m’arrive d’apprécier sur un ton parfois bucolique les images des campagnes. Pendant la saison des pluies les paysages sont très verts, il y a des fleurs et des arbres qu’on ne voit nul part ailleurs, des goyaviers partout, une odeur fraîche et agréable, très différente de celle de la ville. Terrain propice aux balades mais aussi aux rumeurs, elles circulent librement dans ce grand espace que seul le vent réussit parfois à embrasser entièrement. Un couple danois-zimbabwéen s’est installé là il y a quelques années à l’abri des années Mandela de l’Afrique du Sud et de l’expulsion des agriculteurs blancs du Zimbabwe. Ils ont installé sur ce domaine étatisé après la révolution par le Ministère de l’Agriculture, un élevage de poulets. On ne leur a pas rendu la vie facile car pour la population locale et avoisinante à ces terres, les blancs venaient une fois de plus soustraire les terres de subsistance. Sans compter l’Archevêché qui lorgnait lui aussi sur ce domaine. Les formidables talents de conteurs se sont réunis et réussirent à accuser les propriétaires de corruption, de trafic d’organes prélevés sur des enfants qu’on attirait la nuit en faisant du cheval nu ! Beaucoup de personnes ont été impliquées dans cette sale histoire jusqu’à qu’ils apportent les preuves contraires aux accusations. Je crois que je ne risquerais plus d’être accusée de « naturisme chevaleresque ». Cela dit, entre nous, quel manque de bon sens, à cru et qui plus est nu sur un cheval, je vous laisse le soin d’imaginer les organes à panser, voire à greffer…Je reviens juste d’une balade en compagnie d’Anne, une bruxelloise qui m’a invité à connaître ce petit paradis. On a cheminé tranquillement dans les herbes hautes, le maïs se frottait au manioc et le manioc aux roseaux, des rapports somme toute très pacifiques. Et puis quelques gamins nous ont repéré : ils se sont mis à crier en Makua, des sons à mon oreille imperceptibles dont je n’ai compris le sens que lorsque je vis déferler à cinquante mètres une horde de gosses du village qui semble t-il , n’étaient pas habituer à ce genre de montures. Ils nous ont suivi au pas pendant quelques mètres, on s’est enfuis au trot pour éviter les mauvaises surprises…
Après de telles journées, je rentre à la maison et m’empresse d’aller prendre ma douche, préparation des cours en lumière ou à la bougie quand l’électricité vient à manquer, pour quelques minutes, quelques heures ? On interrompt les activités pour s’arrêter un moment sur le balcon, fenêtre sur rue, qui nous amène son lot d’animations : Les conversations et les rires éclatés des gardes en Makua , la pluie qui s’abat d’un seul coup, fortement, les éclairs qui illuminent le ciel…La radio joue doucement, bientôt empêchée par l’insupportable baroufle des grosses cylindrés que font ronfler les indiens, nouveaux riches de la ville, seul les chants de la mosquée peuvent les arrêter. Et puis un appel dans la nuit, c’est le garde voisin alerté : Bernardo, notre garde, s’est écroulé par terre. C’est un petit homme, pas plus grand que moi à qui il est difficile de donner un âge. Je descends rapidement, il a la main serrée sur la poitrine. J’appelle l’hôpital pour demander une ambulance, mais ambulance et urgence, connaît pas : « appelez un taxi. » Nous partons à l’hôpital. Arrivés, on nous demande l’ordonnance d’un Centre de santé qui donne droit à être consulté par un médecin. Donc retour à la case départ, pas de véhicule, et Bernardo toujours mal au point, il faut qu’on se rende dans un de ces Centres de Santé de la ville ouverts toute la nuit. Un homme s’arrête en voiture dépose rapidement des personnes et avant qu’il puisse repartir, je lui demande de nous conduire au Centre de Santé. En route il nous raconte mort de rire que c’est la deuxième fois qu’on réquisitionne son véhicule pour des malades. La première fois il eut le malheur de s’arrêter quelques instants de trop sur le parvis de l’hôpital pour laisser les malades, c’est là qu’un agent de police lui tombe dessus et lui colle une amende : il n’avait pas le droit de stationner là ! Le centre de santé ressemble à un de ces bâtiments complètement délabrés, dans une rue mal éclairée, et qui tente avec les moyens du bord de procurer des soins, si minimes soient-ils, aux enfants qui pleurent pour coliques, déshydrations ou sous-alimentation, aux femmes enceintes, aux victimes de la malaria, malaria, malaria, malaria, malaria, malaria, malaria, malaria, malaria, malaria, malaria, malaria. La malaria est partout, toutes les conversations quotidiennes donnent à connaître une nouvelle victime, on parle de cette maladie comme de la pluie ou du beau temps. Toujours est-il que nous obtiendrons cette ordonnance. A pied, j’essaie de jouer du téléphone pour avoir une voiture, j’y arriverais, mais une heure plus tard. Retour à l’hôpital, on s’assoit et on attend notre tour…On ressortira après quelques dizaines de minutes avec des anti-douleurs qui calmeront pour quelques temps ce qui a finalement été diagnostiqué comme une hernie discale. Les soirées à la maison, lorsque l’on se retrouve, calme après la tempête avec Romuald, tournent de temps à autres aux fous rires, on se conte les anecdotes de la journée et interprète les « sketches » que chacun a vécu…Ce qu’on appelle les « Sketches » ce sont ces situations en complet décalage avec notre réalité culturelle.
Mais accordez moi encore la patience de vous raconter cette semaine de la Francophonie qui nous a animé du 20 au 27 mars et vous comprendrez mieux les sketches. Bordel partout, bordel toujours, les nerfs en place et le sourire : mot d’ordre de cette semaine. On pourrait dire aussi, la Francophonie ou la semaine des miracles… Il n’ y a que la fin de merveilleuse, parce que tous les jours quand seules des absurdités fortuites apparaissent au moment où on les attend le moins, on se dit que seule une fée pourra les solutionner. Nos collègues sont plus tranquilles que nous et se délectent de nous voir s’agiter dans tous les sens. C’est ainsi que je me suis retrouvée à devoir organiser une journée de délocalisation à l’Ile du Mozambique. Une troupe de théâtre congolaise, des réfugiés politiques, devait s’y produire. J’ai ramé toute la journée seule dans ma galère pour que tout arrive à bon port. Transformée pour la journée, en porte-feuille sur patte, je me suis sentie très mal à l’aise avec cela. Heureusement tout s’est bien passé et une fois de plus la magie s’est produite.
Mais le plus drôle des sketches est encore celui-ci. Un étranger installé à l’Ile employé des gars mozambicains pour retaper un bâtiment. Un jour, l’un d’eux arrive expliquant que sa mère est morte ce matin, qu’il ne pourra pas travailler aujourd’hui. Le patron lui adresse ses condoléances et le laisse repartir avec un peu d’argent en poche pour payer les funérailles. Plus tard, il rencontre le frère de celui-ci, à qui il présente de nouveau ses sincères condoléances. Le frère ne comprend pas, comment ma mère est morte, mais qui vous a dit ça ?
- Votre frère qui travaille chez moi
- Mais ce n’est pas possible, je l’ai vu ce matin, elle allait très bien
- Allons alors trouver ton frère
Et les voilà bientôt qui partent ensemble rencontrer ce dernier. Les deux frères commencent à discuter, à se disputer,
- Elle est morte, je te dis, je l’ai vu sur son lit ce matin elle ne bougeait plus.
- Mais non elle ne l’est pas, elle dormait, c’est tout
Je raccourcis volontairement la discussion. Afin d’éclairer la situation, ils décident de se rendre chez la dite défunte. Ils se retrouvent tous les trois, l’employé, son frère, et le boss, devant la dite disparue debout devant eux et bien vivante. Finalement les funérailles déjà organisées n’auront pas lieu.
Les mythes traditionnels, la sorcellerie tient place pour nos non-dits, les tabous sont remis sur le dos des Dieux. J’ai appris beaucoup sur les cultes, croyances et rituels locaux grâce au livre de Paulina Chiziane, première femme écrivain mozambicaine qui établit une géographie magique du pays. « Les histoires des personnes qui disparaissent de la carte des vivants, mais qui restent esclaves des champs de riz, sur les terres de Zambézia. Les histoires de crocodiles humains dans le lit du fleuve Zambèze. Le mythe des personnes transformées en hyènes et en hippopotames pour ne pas avoir accomplis le pacte du sort. Les personnes qui se changent en lions, serpents, pour voler les oiseaux et troupeaux des paysans de Tété. Les rumeurs sur les personnes transformées en singes pour ramasser les noix de coco dans les palmeraies d’Inhambane. Les histoires d’incestes et de sacrifices humains, pour réussir à avoir un meilleur salaire sur les terres de Gaza et de Maputo. Les histoires de personnes qui se transforment en poissons et les poissons qui se transforment en personnes dans la région du Lac Niassa… » Et tant d’autres encore. Ces mauvais sorts se transmettent de génération en génération et sont la manière la plus commune d’expliquer bien des maux familiaux. Gare à vous si vous trouvez un jour sur le pas de votre porte, une poule égorgée ; vengeance est proche…

Je vous joins à ce message un conte raconté pendant une soirée de la Semaine des Miracles, le conteur est un étudiant, et son histoire s’appelle La Découverte de l’Amour. Ayez bien du plaisir et voyez comme les femmes réussirent un jour à domestiquer les hommes…